L’île du Docteur Moreau – Herbert George Wells

Résumé : Il a un nom, Edward Prendick, mais l’île sur laquelle il échoue après le naufrage de son bateau n’en a pas. C’est une île des mers du Sud peuplée de créatures étranges, « extraordinairement laides », douces et repoussantes à la fois, qui semblent dominées par un mystérieux personnage, le docteur Moreau.

Note personnelle : ★ ★ ★ ★ ★

Avis : Pour ceux qui l’ont lu (ou ceux qui aiment le spoil), je vais résumer l’histoire avant de donner mon avis.

L’histoire commence à bord d’un petit canot où Edward Pendrick se meurt. Il est sauvé par Montgomery, un biologiste qui lui explique vivre sur une île qui n’a pas de nom, et sur laquelle le navire est en train d’apporter des animaux. L’homme est accompagné d’un serviteur a l’aspect étrange, que l’équipage craint et maltraite. Le bateau arrive enfin près de l’île sans nom. Le capitaine, qui est également un ivrogne notoire, le chasse. Edward est obligé de se réfugier sur l’île malgré les réticences de Montgomery. Edward rencontre ensuite le docteur Moreau. Son nom lui est familier. Il se souvint d’avoir lu une brochure parlant de lui « Il avait fait connaître, sur la transfusion du sang, certains faits des plus étonnants et, de plus, il s’était acquis une grande réputation par des travaux sur les fermentations morbides.« , il avait ensuite dû quitter l’Angleterre, car ses expériences avaient été jugées inutilement cruelles. Edward fuit ensuite la petite chambre dans laquelle il est logé, indisposé par les hurlements de douleur d’un puma, qu’il imagine est vivisecté. Lors de sa « balade », il rencontre un homme curieux, qui boit en lapant dans la rivière près de laquelle il s’est réfugié. De fil en aiguille, après avoir découvert ce qui ressemblait à une femme torturée dans le laboratoire, puis une fuite et la découverte d’autres êtres particulièrement hideux et étranges, Moreau et Montgomery sont disposés à lui expliquer ce qu’ils font sur cette île. Le docteur Moreau pratique en effet des vivisections sur des animaux, dans le but d’en faire des humains. Il façonne leurs corps, leurs visages, leurs cerveaux et tente de les éduquer. Parfois il mixe les animaux, aussi, il y a sur l’île des créatures humanoïdes faites par exemple d’ours et de loups, ou un taureau rendu humain, des chiens « humanisés » également. Lors d’un accident durant lequel la femelle puma s’échappe, Moreau décède, tué par cet animal qu’il torturait encore quelques heures plus tôt. La tragédie de cette mort réside surtout dans le fait que les créatures créées par le docteur n’étaient dociles que parce qu’elles le craignaient et se pliait aux règles qu’il avait instaurées. Edward tente de reprendre le flambeau et de se placer en « maître » pour se protéger. Montgomery, qui était déjà alcoolique, ne se sentant à sa place ni dans la société et n’ayant plus le Docteur Moreau à ses côtés pour lui donner une raison de rester sur cette île, noie son chagrin dans le cognac et décide de faire boire quelques créatures hybrides. Il mourra à son tour de cette décision, après avoir détruit les embarcations, condamnant son compagnon à rester sur l’île. Edward finit par dresser trois créatures dont un homme-chien, qui deviendra un protecteur dévoué. Il va vivre quelques temps parmi les bêtes, mais celles-ci perdant leur humanité pour retrouver leurs instincts primaires, il retourne se créer un campement dans les ruines du laboratoire. Il arrivera finalement à quitter l’île du Docteur Moreau grâce à une embarcation dans laquelle il trouve deux hommes morts depuis longtemps. Un bateau le récupère au bout de trois jours et le dépose à San Francisco. Malheureusement il ressort traumatisé de cet épisode, craignant les humains, voyant en eux trop de similitudes avec les animaux, il finira sa vie dans un petit village.

Un résumé assez long finalement… Et fermant ce livre je comprends totalement que H. G. Wells soit une référence en science-fiction !

Pour parler des « créatures hybrides », je dois avouer, même si ce n’était pas ce que je recherchais en lisant ce roman, qu’elles ne m’ont pas le moins du monde effrayée parce que malheureusement, je n’arrivais pas du tout à les imaginer. Quand Wells s’attarde sur un détail de leur physique, ça va, mais globalement, je ne voyais pas à quoi ça pouvait ressembler un homme-léopard, ou une femme-loup… Je voyais surtout des corps à la peau proche de celle des humains mais difformes, avec des masques d’animaux. Comme dans les mangas de Yoshiki Tonogai (Doubt et Judge). Et pour les hommes-taureaux, je voyais bien une sorte de minautore. Je me demande s’il s’est inspiré de la mythologie grecque pour cette histoire. Ce qui m’a effrayée par contre, c’est d’imaginer les vivisections et la douleur des animaux. Je déteste cette idée de torturer pour la science.

Et d’ailleurs, cette histoire de science-fiction qui donne des frissons, nous fait nous poser des questions. Notamment sur le côté éthique. Est-ce que c’est légitime de faire souffrir des animaux pour répondre à la question « Qu’est-ce que l’humanité », parce que je pense que c’est la vraie interrogation de ce livre. Wells nous donne une réponse, ou plutôt, en élimine certaines avec son histoire.

En effet, le Docteur Moreau façonne le corps et le cerveau des animaux pour leur donner un aspect humain, il tente de les éduquer ensuite, pourtant leur instinct revient systématiquement. Ils perdent peu à peu l’usage de la parole, se remettent à marcher à quatre pattes, et leur corps se couvre à nouveau de poils. Dans ce cas de figure, pour Wells, l’humanité n’est pas une question de physique, ni de cerveau, bien qu’il soit possible de rendre ses animaux proche des humains pendant un certain temps (il garde quand même certaines habitudes). Au début, nous apprenons que le Docteur Moreau avait également fait des expériences sur le sang, mais, étant donné l’échec des autres expériences, on peut en conclure que Wells a décidé que ce n’était pas plus dans le sang qu’ailleurs. Peut-être est-ce dans l’ADN ?

Je n’ai pas de réponse mais je ne peux que conseiller ce roman qui se lit très facilement et qui cache derrière ce texte une question intéressante. Ou sinon, vous pouvez juste vous poser la question mais ce serait passer à côté d’un classique de la science-fiction. 🤷‍♀️

Lu dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge 2021, menu « Automne enchanteur », catégorie « Nom d’une dune » (Écologie, anticipation, science-fiction, post-apocalyptique).

Bonne lecture ! Signé C.

Entre deux mondes – Olivier Norek

Résumé : Adam a découvert en France un endroit où l’on peut tuer sans conséquences. (C’est que ça le résumé sur mon livre version poche, sur internet j’en trouve des plus longs).

Entre deux mondes.png

Note personnelle : ★ ★ ★ ★ ★

Avis : Un coup de cœur et toutes mes félicitations à Olivier Norek. On parle d’un sujet extrêmement sensible et important en France, un sujet qui nous concerne tous qu’on le veuille ou pas, que l’on ferme les yeux ou pas et qu’on agisse ou pas : l’immigration.

Ce roman parle de la « Jungle de Calais », officiellement appelée « La Lande », et oui ça existe… Ce qui est encore pire, parce que cette lecture est déjà comme un coup de poing à l’estomac. Tragique et beau, poétique, bouleversant. Je me suis sentie minuscule, ridicule, honteuse même parfois d’oser me plaindre de ma vie et surtout de ne pas agir pour celle des autres.

Il prend aux tripes il n’y a pas d’autre façon de le dire. Il m’a broyé le cœur au point d’en pleurer, de colère, de frustration. J’ai été choquée par moment et tant mieux. C’est une bonne leçon. Je voudrais que la France entière le lise, surtout les personnes qui pensent que les immigrés sont indésirables. Si malgré tout ils ne changent pas d’avis qu’ils écoutent « Rentrez chez vous » de BigFlo & Oli, pour se rendre compte que ça pourrait être nous. Pour comprendre que la bienveillance est importante. Qu’un jour peut-être on aura besoin d’une main tendue et non pas d’un regard haineux. Je ne peux rien ajouter de plus, sinon qu’il est probablement le meilleur livre que j’ai lu en 2018.

Anecdote : Je l’ai lu dans le cadre du #BabyChallengeThriller 2018 de Livraddict. Il m’a suivi jusqu’en Belgique, à Bruges, ou Brugge, où j’ai pu avancer dans ma lecture, bien au chaud devant une cheminée, et sincèrement, à ce moment là je ne pensais pas « Entre deux mondes » mais « Deux mondes différents ».

Bonne lecture ! Signé C.