Du feu de l’enfer – Sire Cédric

Résumé : Manon maquille les cadavres, Ariel maquille les voitures. Elle est thanatopractrice, il est délinquant. Ils sont frère et sœur. Un jour, l’une des combines d’Ariel tourne mal et Manon se retrouve complice malgré elle. Lorsque les assassinats les plus sordides s’accumulent autour d’eux, traçant un jeu de piste sanglant vers une secte satanique, le capitaine Raynal s’intéresse à leur cas. Commence alors une traque qui brouillera les limites entre alliés et prédateurs et mettra à l’épreuve les liens du sang.

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Note personnelle : ★ ★ ★ ★ 

Avis : Tout à fait mon style de lecture ! J’ai adoré que l’histoire force Ariel et Manon, à coopérer. Leur relation semblait complètement morte pourtant on sentait la fraternité prendre le dessus. Je me demande comment ça se passerait dans la réalité. Si j’étais Manon, je n’aurais pas abandonné mon frère non plus, mais je ne suis pas certaine que la majorité des gens accepteraient d’aider un frère aussi égoïste et malsain qu’Ariel.

Quant au métier de l’héroïne, j’ai été surprise, ça sort des sentiers battus. La plupart du temps les personnages principaux sont des policiers, des enquêteurs, des journalistes, cette fois-ci c’est une thanatopractrice, qui se retrouve mêlée à tout ça en étant innocente.

Elle évolue beaucoup durant le roman, notamment à la fin où elle est carrément une femme nouvelle. Je trouve ça particulièrement intéressant ce changement de tempérament, causé par les événements. Après les personnages, l’histoire… La secte est un élément qu’on retrouve dans d’autres romans, mais finalement, pas si souvent que ça. Le satanisme, la barbarie, c’est idéal pour écrire un bon thriller, mais il faut choisir le « bon » détail pour rendre la secte vraiment intéressante à explorer. Pour le coup, le détail à mes yeux, c’est les chiens. On comprend à la fin leurs croyances, « la cause » qu’ils « défendent ». Des esprits malades mais redoutables. Pour s’associer avec d’autres personnes, faire leurs méfaits, puis effacer leurs traces et couvrir mutuellement leurs arrières, il faut être sacrément tordu mais garder son sang froid, être sûr de sa croyance, donner sa confiance aux autres aussi et être intelligent. C’est vraiment le comble de la folie à mes yeux. Parce que c’est une folie consciente.

Un dernier petit mot pour le personnage Céline Menting, technicienne. J’ai adoré la frange rose et son tempérament. Ce n’est peut-être qu’un détail, mais il m’a marqué.

Anecdote : Roman lu dans le cadre du #BabyChallengeThriller de Livraddict 2018 – Photo venant du compte Instagram @le_nez_dans_les_bouquins image ici.

Bonne lecture ! Signé C.

Le doute en blanc

Les mains expertes des femmes effectuèrent les derniers ajustements. Elles quittèrent la chambre dans un bruit de talons aiguilles et de rires mélodieux. Le soleil, entrait par la fenêtre, projetant des rayons lumineux où dansaient de petites particules de poussières, semblant vouloir illuminer ce moment, le rendre magique. La dernière à quitter la pièce fût celle qui l’avait mise au monde. La femme s’arrêta, une main posée sur le chambranle de la porte. Dans son regard on pouvait lire la fierté, l’émotion, la joie mélangée à une peine nostalgique. Une larme roula sur la joue maternelle tant de fois embrassée. Julia sourit une dernière fois à sa mère, qui avant de refermer la porte lui laissa voir un mouchoir épongeant ses yeux humides d’émotion.

La jeune femme restée seule dans la chambre, soupira d’aise. Les préparatifs étaient terminés à présent. Elle se leva et s’approcha de la fenêtre. Bon nombre de personnes étaient devant l’hôtel, grillant des cigarettes au soleil, discutant de la cérémonie qui approchait, se serrant la main. Des enfants jouaient. Certains sur des bicyclettes, d’autres avec un ballon. Deux petites filles s’entraînaient à danser, leurs robes virevoltant dans l’air printanier. Un bouleau s’épanouissait à côté de la fenêtre, sur ses branches deux moineaux semblaient être au cœur d’une intense discussion. Un papillon voyageait seul dans le ciel, profitant de sa liberté. L’horloge de l’église, visible depuis la chambre, accordait à ses aiguilles le droit de tourner, volant doucement la beauté des femmes et la robustesse des hommes. Julia parcouru la pièce des yeux. Elle se dirigea vers le lit, ses talons émettant un bruit sourd sur le parquet ciré. Des bouquets de lilas blancs avaient été placés à son attention. Sur la table de chevet en trônait fièrement un. La jeune femme inspira une bouffée d’air parfumé. L’odeur la fit sourire. Ramenant à son souvenir les premiers jours de printemps dans le jardin familial. Julia resta un moment assise sur le lit, regardant de ses yeux le bouquet et de son esprit ses souvenirs. La balançoire qui grinçait quand elle s’asseyait dessus, les oiseaux qui chantaient dans les arbres, les tartes aux fraises que sa mère préparait pour le goûter, les flaques d’eau boueuse dans le jardin où elle sautait. Elle effleura du doigt une cicatrice sur son bras. Sa blessure de guerre, son souvenir, rien de bien glorieux en somme, elle était tombée de sa bicyclette sur un tesson de bouteille. Elle était revenue maculée de sang à la maison, déclenchant un mouvement de panique. Son esprit s’égara ensuite dans les journées pluvieuses, ces jours qu’elle avait passés un livre dans les mains. Les journées d’hiver également, à jouer dans la neige. Les écharpes qui la tenaient au chaud, les pulls en laine qui la démangeaient, les illuminations de Noël, les chants des enfants, le chocolat, beaucoup de chocolat.

Elle pivota et se trouva face à elle-même. La longue robe blanche de tulle et de dentelle soulignait son élégance. Elle tourna sur elle-même, scruta les détails de son habit. Elle rabattit le voile sur son visage et pris son bouquet. Son reflet ne dessinait plus une femme éblouissante, mais le fantôme de la jeune fille qu’elle avait été, songea-t-elle. Devant le miroir, plus rien ne semblait logique, plus rien ne semblait sûr. Pire encore, plus rien ne semblait joyeux. Elle ôta le voile qui rendait la scène si mélancolique. Les rayons du soleil qui semblaient quelques secondes auparavant vouloir répandre joyeusement sa lumière devinrent insupportables. Ils chauffaient la chambre comme un four, rendant l’odeur du lilas aussi écœurante qu’une flaque d’urine dans une ruelle parisienne. Elle n’avait pas senti arriver, mais il était là désormais, cet ennemi familier des mariages, le doute. Son cœur se serra dans sa poitrine et elle s’interrogea sur son changement subit d’état.

Son image devenait floue dans le miroir. La jeune femme porta sa main à ses yeux. Les larmes coulaient en silence. Ses poings se serrèrent, ses genoux se mirent à s’entrechoquer. Elle n’avait pas la moindre idée de ce qu’il se passait. Ses émotions néfastes étaient devenues si violentes, si soudainement, qu’elles se matérialisaient en une multitude de serpents glacials dans son ventre. Les reptiles s’agitaient. S’enroulaient sur eux-mêmes, lui mordaient l’estomac, remontaient jusqu’à sa gorge où ils formaient une boule. Elle tentait de les calmer en posant ses mains délicates sur la dentelle de son corsage. Ses yeux balayaient du regard la pièce, comme ils l’avaient fait quelques minutes plus tôt. Elle fut prise de bouffées de chaleur. La panique la gagnait. Peut-être même la folie, pensa-t-elle. Elle cherchait une échappatoire. Mais pour échapper à quoi ? S’interrogea-t-elle. Il n’y avait rien à fuir. Excepté peut-être, le doute. Comment fuit-on un sentiment ? Le doute s’accrochait à sa chair, à son cerveau, à ses pensées. Il attrapait ses poumons et les écrasait dans sa cage thoracique comme deux vulgaires morceaux de papier qu’un écrivain insatisfait chiffonnait et balançait dans la corbeille à papiers. La pièce semblait se refermer sur elle. Le doute, la panique. La beauté métamorphosée en laideur. La joie en une tristesse infinie. Elle jeta plusieurs regards furtifs à la porte. Imaginant sa main tourner le bouton de la poignée. Elle pouvait en ouvrant délicatement, en se glissant dans le couloir et en fuyant cet hôtel de malheur, fuir également le doute, le chasser en aspirant de l’air pur, laissant la brise printanière l’emporter loin d’elle dans une expiration libératrice. Le terrible sentiment, lui, restera dans la pièce, se persuada-t-elle.

Julia s’approcha à petits pas mal assurés de la sortie. Sa main se leva lentement et s’arrêta devant la poignée. Une image lui était venue à l’esprit, en un éclair. Un visage. Les serpents s’endormirent instantanément dans une douce chaleur. Il était beau ce visage. Son sourire resplendissait sous la lune, le soir de leur rencontre. Le visage de l’homme avec qui elle partageait sa vie. Sans conteste il était beau. Il était drôle et courageux. Elle caressait mentalement du bout des doigts la ligne de cette mâchoire tant aimée. Julia retourna s’asseoir devant la coiffeuse. Elle ferma les yeux tout en faisant tourner autour de son doigt l’anneau qu’il lui avait passé le jour de sa demande. Son regard était plein de malice et brillant d’intelligence, pensa-t-elle. Des cheveux châtains, des lèvres charnues, des mains fortes et habiles. Une voix aussi douce qu’une caresse, aussi réconfortante qu’une tasse de chocolat devant une cheminée en hiver. Il la faisait rire. Souvent. Il l’énervait, parfois. Il la faisait pleurer aussi, par ses absences. Julia sourit en se remémorant les souvenirs qu’ils avaient en commun. Les balades à vélo, les danses sous les étoiles, les pique-niques à la campagne, les baignades à la mer. Les films au cinéma où leurs mains s’entrelaçaient dans l’obscurité, les restaurants où le souffle de leurs rires éteignaient les bougies, les matins tendres dans la chaleur de leur couverture. Elle l’aimait, en cet instant précis, elle l’aimait. Il était vrai qu’il faisait des efforts pour la rendre heureuse, à moins que ce ne fût naturel pour lui. Ils habitaient une petite maison avec un charmant jardin, dans une ville de campagne. Arthur y avait planté des bégonias, des rosiers et même du lilas, uniquement pour elle. Celle qu’il appelait la femme de sa vie. Sa vie n’en était qu’au commencement, trente années seulement, lui cachait-il une maladie incurable pour avoir l’audace de l’appeler ainsi ? S’interrogea la jeune femme en tordant ses doigts d’une angoisse nouvelle. Il était aussi vrai qu’Arthur avait accepté d’avoir un chien, lui qui les tenait en horreur, pour son bonheur personnel. Il avait capitulé quand elle avait souhaité une destination qu’il ne voulait pas pour les vacances. Il avait également fermé les yeux sur la couleur des murs de la chambre conjugale qu’il n’aimait pourtant pas. Incontestablement, il prenait sur lui. Était-ce ça l’amour, prendre sur soi, accepter des animaux, des couleurs, des vacances que l’on ne souhaite pas ? Elle aussi avait fait des concessions, pris sur elle, oublié des choses qu’elle aimait. Alors, se demanda-t-elle à nouveau, était-ce ça l’amour ? Julia ne savait plus que faire. Se marier avec Arthur était ce qu’elle devait faire aujourd’hui, ce qu’elle avait prévu de faire. Elle pensa à lui. Se demandant s’il avait des doutes, dans sa propre chambre, affublé de son costume, son père à ses côtés, ses frères. Peut-être avait-il peur de se marier. Peut-être se disait-il que Julia ne devrait pas devenir sa femme.

Elle observa à nouveau son reflet. Une belle femme, blonde, aux yeux d’un bleu éclatant, la taille fine, la peau fraîche comme un pétale de rose. Elle passa ses mains sur sa robe de tulle et de dentelle. Elle avait passé des heures à la choisir en compagnie de sa mère et de sa sœur aînée, cependant, aujourd’hui, cette robe magnifique lui semblait cousue dans un tissu de mensonges. Brillant d’une façon plus mensongère encore, sa bague de fiançailles. La plus grande des calomnies : ce bout de métal orné d’une pierre promettant une union sous le signe de l’amour. Est-ce qu’ils s’aimaient ? Ils se disaient « Je t’aime », néanmoins, des mots de ne sont que des mots. Ils n’ont de valeur que si on leur en donne. Julia se demanda un morceau de vérité se cachait sous ces mots.

La jeune femme ne savait désormais plus que penser. Elle resta assise là, devant elle-même. Les questions tournaient dans sa tête, cherchant des réponses, les serpents s’agitaient à nouveau dans son ventre. La plus grande des interrogations restait depuis toujours la même pour les femmes sur le point de se rendre à l’église afin de s’unir à un autre être : Fais-je le bon choix ?

Tentant de faire la part des choses. D’endormir le doute, les serpents et l’écrivain insatisfait, elle ramena à sa mémoire les moments où elle l’avait aimé ce bel Arthur, dans son ciel bleu de pensées les nuages du doute se répandaient, menaçants, apportant avec eux les moments où elle l’avait détesté ce vil Arthur. Les disputes, les assiettes cassées, les chaises renversées. Les excuses, les larmes. Les fleurs, les nuits blanches, les cinémas, les danses, les vélos, les restaurants, la bague. Plus elle tentait de réfléchir plus les ficelles de ses souvenirs s’emmêlaient dans sa tête.

Qu’est-ce que l’amour ? Julia sursauta en entendant sa voix prononcer ces mots. Ces horribles mots qui nourrissaient les serpents logés dans son estomac, qui les réveillaient, les agitaient. La jeune femme se mit à rire. Un rire nerveux, aigu, qui sonnait à ses oreilles comme un verre de cristal qui éclatait sur le sol. Elle se leva à nouveau, faisant tomber un vase qui contenait du lilas. Elle ramassa le bouquet, piquant son doigt sur un morceau de verre. Julia jura entre ses dents et porta son doigt ensanglanté à sa bouche. Un goût de fer rampa sur sa langue. La jeune femme grimaça de dégoût.

La cloche de l’église sonna onze fois. Julia devait faire son apparition dans trente minutes à la cérémonie. Elle marcherait au bras de son père, irradiant de bonheur, laissant sa fille à un autre homme. Un homme bien, il en était persuadé. Julia aussi. Un homme bien… Elle se placerait face à lui, ses yeux détaillant son beau visage. Elle écouterait le prêtre, prononcerait une assertion devant des centaines de personnes, devant sa famille, devant des témoins. Le doute n’aurait pas sa place devant ce public difficile. Dans cette chambre, la syllabe fatidique pouvait rester accrochée à ses lèvres. Personne ne la jugerait. Mais pas en bas, dans cette église qui sent le renfermé, les bancs cirés, les cierges à la paraffine, les yeux braqués sur elle. Si son hésitation était remarquée alors un bourdonnement de mécontentement se ferait entendre. Jetant sur Julia et Arthur une honte sans fin.

La jeune femme inspecta son doigt, le sang avait cessé de couler. Elle jeta un regard à travers la vitre. Le temps lui, avait continué sa course plus vite qu’elle ne l’avait souhaité. Plus qu’une dizaine de minutes. Elle devait descendre. Elle devait épouser Arthur. Elle devait. Mais elle ne savait plus si elle en avait envie. Son fou rire reprit. Secouant les serpents, les réchauffant sans pour autant les endormir. Le doute. Le doute l’enroulait dans des bandages, pareille à une momie. Incapable de bouger. Incapable de descendre se marier, tant elle était peu sûre de sa décision. Julia s’assit sur le lit. Les larmes avaient remplacé le rire. Les perles d’eau salées dégringolaient de ses joues et tombaient sur sa robe en dentelle. Tant d’émotions lui étaient supportables, mais pas le doute, vicieux et profondément ancré en elle. Elle retourna près du vase cassé. Ramassa les morceaux. Les jeta dans la poubelle de la salle de bain privative. Ses pleurs ne cessaient plus. Julia retourna à la fenêtre, la foule compacte marchait vers l’église. Plus que cinq minutes. Les gens s’installaient probablement à présent, elle les imaginait, coquilles vides avides de la joie des autres pour oublier un moment leur ennui. Ils n’étaient pas là pour célébrer l’amour des mariés, ils étaient là pour eux. Hypocrites, pensa-t-elle. Ils étaient venus pour se montrer dans leurs plus beaux habits et laisser de côté quelques temps leur routine. Julia ferma les yeux un instant. Quand elle les ouvrit à nouveau, plus d’enfants, plus d’adultes, même plus de moineau sur la branche, le papillon aussi avait fuit les lieux.

La jeune femme s’approcha de la porte puis recula vivement. Le doute. Les serpents. Les questions. Les gens. Les mensonges. La vérité. L’amour. Porte de l’enfer qu’elle doutait de pouvoir franchir sans perdre son auréole. Les cloches sonnèrent. Un coup seulement. Julia se raidit. Contre la porte, trois coups résonnèrent. Un homme dans un costume trois pièces attendait. Le sourire aux lèvres. Son enfant, sa fille, son amour. Il venait la chercher, l’accompagner vers le nouvel homme de sa vie. Il toqua à nouveau. S’impatienta.
– Julia ?
Sa main frappa à nouveau la porte.
– Julie, ma chérie ?
Il piétinait maintenant. Ses filles avaient pour habitude d’être en retard. Mais tout de même, pas le jour de son mariage ! S’écria-t-il intérieurement. Voyant les aiguilles de sa montre afficher onze heures trente-six, il prit la décision d’ouvrir la porte.
– Julia ?
Ses yeux tombèrent sur sa fille, allongée sur le lit. Julia semblait dormir, comme lorsqu’elle était encore une enfant. Ses longs cheveux blonds attachés en un chignon sophistiqué, des mèches tombant sur ses épaules. Une mariée endormie à l’heure de la cérémonie. Il s’approcha de sa fille. Le doute s’insinua en lui, aussi sournoisement qu’il l’avait fait quelques heures plus tôt dans le cœur de son enfant. Ses yeux scrutèrent le visage de Julia. Son regard descendit jusqu’à ses poignets. Ce n’était pas une rose rouge qu’elle tenait comme il le pensait en entrant, c’était la solution ultime à ses doutes. L’homme se jeta sur le corps de Julia, tentant désespérément de la ranimer. Il la secouait, ses boucles blondes remuaient comme les serpents qui avaient élus domicile dans son ventre. Il utilisa les draps pour éponger la substance vitale qui s’échappait des poignets de sa fille. Il hurla regardant ses deux bracelets morbides qu’il ne pourrait jamais lui retirer. Il retira de ses mains un morceau de verre du vase que Julia avait cassé et dont elle s’était servie pour s’épargner un choix qu’elle devait faire. Son ange endormi n’était qu’un mirage. Sa fille Julia, n’était pas éclatante de beauté comme son esprit avait voulu lui faire croire. Elle était étendue là, la bouche tordue de douleur, de la bile avait coulé sur l’oreiller, la rose rouge muée en une flaque de sang visqueuse et encore chaude. Il hurla de douleur et de peur.

Comme prévu les deux jeunes gens étaient réunis dans cette église. La femme dans une belle robe, l’homme dans un costume trois pièces. Le prêtre prêt à célébrer. Les personnes présentes pleurant et brisant leur routine. Mais Julia était allongée. Les yeux clos. Loin du doute, loin des choix. Arthur caressa une dernière fois la joue de sa fiancée qui ne pourrait jamais devenir sa femme. Une larme s’échappa de ses yeux et s’écrasa sur les lèvres de la défunte. Leur dernier baiser.

Nouvelle envoyée pour le concours du salon du livre de Riantec.
Thème : Le doute.
©SignéC

Les enfants du crépuscule – Serge Brussolo

Résumé : Curiosité locale, la maison de poupées géante de la famille McGregor attire les touristes de tous les coins de la Floride. Interminable labyrinthe, elle abrite des poupées d’une beauté étrange. On dit que le fantôme d’une petite fille y aurait trouvé refuge. Depuis quelque temps la mort guette tous ceux qui s’y intéressent d’un peu trop près. Quelqu’un se décidera-t-il enfin à aller voir ce qui se cache derrière cette façade rose bonbon ? Et si oui, en reviendra-t-il vivant ? Prix du roman d’aventures 1994 avec Le Chien de minuit, Serge Brussolo restitue, avec un insurpassable sens du suspense et de l’angoisse, l’atmosphère lourde et vénéneuse des marais de Floride.

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Note personnelle : ★ ★ ★ ★ ★

Avis : Attention les amis, il est possible que je ne sois pas tout à fait objective concernant ce roman, Brussolo étant l’un de mes auteurs préférés depuis que j’ai lu « Les emmurés ». D’ailleurs, « Les enfants du crépuscule » porte la signature de Serge Brussolo, qui se plait à flirter avec le genre fantastique.

Il y a d’autres points communs entre « Les emmurés » et « Les enfants du crépuscule », par exemple un personnage principal féminin avec une grande force de caractère. De plus, Serge Brussolo sait nous faire basculer dans une ambiance glauque, oppressante, voire malsaine. Il s’amuse avec le lecteur, qui termine par se perdre dans de multiples possibilités, lorsque la fin du roman approche, c’est notamment vrai pour celui-ci, le lecteur est désorienté et n’arrive à démêler le faux du vrai. Il en vient à douter de la santé mentale du personnage principal (je parle pour moi en fait 😂).

Dans « les enfants du crépuscule », il est question d’une maison de poupée géante (avouez que pour l’ambiance glauque et malsaine, le thème des poupées entre facilement dans le top 5) ! Dans les films « Annabelle », « The Boy » (l’actrice principale de ce film est Lauren Cohan, que vous connaissez peut-être mieux dans le rôle de Maggie dans Walking Dead), « Dead Silence », « Jeu d’enfant », ou « Les Poupées du Diable », les poupées nous montrent à quel point elles peuvent être effrayantes. Je suis certaine qu’il existe d’autres œuvres où les poupées sont mises en avant et toujours aussi inquiétantes, d’ailleurs, si vous en connaissez que je n’ai pas citées, vous pouvez me le dire en commentaire ! Bref, le thème en lui-même était déjà dérangeant, Brussolo a pourtant réussi à donner une nouvelle dimension à l’horreur avec sa maison de poupée. Au lieu de se pencher sur les poupées, Brussolo a préféré donner sa chance à leur maison, pour mon plus grand plaisir ! Je n’ai pas envie de m’étendre sur l’intrigue, parce que pour le coup j’ai été perdue et que c’est l’essence même de ce roman, il n’y a pas vraiment de scène si terrible que ça, mais c’est le fait d’être pris dans une toile de doute qui rend ce roman génial. Comme dans beaucoup d’autres œuvres de Brussolo, on est à la limite du fantastique. C’est-à-dire qu’on se demande si l’explication est scientifique ou paranormale. De plus, les personnages secondaires nous mettent vraiment dans un état de tension. Encore une fois, si j’en parle plus je risque de spoiler, je préfère résumer en quelques mots : malsain, mensonges et poupées. 😉

PUMPKIN AUTUMN CHALLENGEAnecdote : J’ai lu le roman dans le cadre du #PumpkinAutumnChallenge 2018. Aussi, en bonne Bookstagrameuse je voulais présenter mon livre, mais mon chat a pointé le bout de ses oreilles… J’étais obligée de faire un focus sur lui, après tout c’est ma star voleuse de Pim’s ! 🐱💕

Bonne lecture ! Signé C.

 

L’épouvanteur – Joseph Delaney [saga]

Résumé : L’Épouvanteur a eu de nombreux apprentis, me dit maman. Mais peu ont achevé leur formation. Et ceux qui y sont parvenus sont loin d’être à la hauteur. Ils sont fragiles, veules ou lâches. Ils se font payer fort cher de bien maigres services. Il ne reste que toi, mon fils. Tu es notre dernière chance, notre dernier espoir. Il faut que quelqu’un le fasse. Il faut que quelqu’un se dresse contre les forces obscures. Tu es le seul qui en soit capable.  » Thomas Ward, le septième fils d’un septième fils, devient l’apprenti de l’Épouvanteur du comté. Son maître est très exigeant. Thomas doit apprendre à tenir les spectres à distance, à entraver les gobelins, à empêcher les sorcières de nuire…

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Note personnelle : ★ ★ ★ ★ ★

Avis : Une saga classée dans la catégorie « jeunesse », à partir de 12 ans. Je suis étonnée de l’apprendre ! Peut-être suis-je trop protectrice, mais malgré l’âge du héros (Thomas Ward, 12 ans) l’ambiance est extrêmement sombre et je ne pense pas être d’accord pour laisser des enfants lire ces romans. Bien entendu ma génération lisait « Chair de Poule » sans frissonner outre mesure, alors qu’après ma relecture des premiers tomes je me suis dit que c’était violent pour des enfants. Je suppose que ma vision d’adulte altère ma perception du monde… Je suppose et espère que les enfants n’imaginent pas les scènes avec autant de violence que moi, ou peut-être usent-ils de leur adorable naïveté pour édulcoré les histoires, ou encore, peut-être n’ont-ils pas le même rapport au danger et à la mort que « nous les vieux ». Passons aux choses sérieuses.

L’épouvanteur est donc une série de romans fantasy (dark fantasy même), mettant en scène Thomas Ward, septième fils d’un septième fils, qui va suivre l’apprentissage du dur métier d’épouvanteur aux côtés de John Gregory. En toute honnêteté ça commence très très fort ! Le pauvre Thomas est enfermé toute une nuit dans une cave afin de tester son courage (il en a bien plus que moi en tout cas…). Comme je le disais plus haut l’ambiance de ces romans est sombre, on y croise de très méchantes et effrayantes sorcières (des sorcières pernicieuses, des bénévolentes, des sorcières d’eau, des sorcières celtes…), des gobelins, des démon, des spectres, des fantômes et même le Malin en personne ! Pour combattre les forces du Mal, les épouvanteurs sont équipés (si vous me dites d’une épée comme dans le film je vous retrouve et je vous tape sur la tête à coup de chipolatas) des bâtons en bois de sorbier, des chaînes d’argent, d’eau courante (je ne sais pas si on peut vraiment dire qu’ils en sont équipés), et bien entendu de sel et de limaille de fer, autant dire que c’est bien peu face à la magie du sang, la magie des ossements, j’en passe et des meilleures… Une vraie lecture d’Halloween !

Maintenant que vous pouvez imaginer l’ambiance, laisseriez-vous ces livres à un enfant ? C’est terriblement glauque (j’adore, j’adore, j’adore, autant que les licornes, sweet but psycho), on y croise de vraies saletés maléfiques et on est même (sans vouloir vous spoiler) confronté à la mort (je dirais ni qui, ni quand), puis cette ambiance… Oh mon dieu cette ambiance !

J’ai énormément de choses à dire, cependant, je risque de spoiler. Je préfère m’arrêter à quelques anecdotes, comme par exemple mon personnage préféré : Grimalkin, la tueuse du clan Malkin ! Cette sorcière est en premier lieu présentée comme une antagoniste de l’épouvanteur, elle devient par la suite une alliée. Elle maîtrise l’art du combat avec ses multiples lames (et ses ciseaux qui sont d’ailleurs sa signature) et la magie des ossements. Grimalkin est décrite comme « une beauté sauvage » par Thomas Ward, sachez qu’elle a les cheveux noirs (dans mon esprit elle a et aura toujours les cheveux bordeaux), les dents taillées en pointes et les lèvres peintes en noir, elle est mince et athlétique. Que demander de plus ? C’est genre LE personnage le plus badass de la série. Petite anecdote supplémentaire, en allant sur le Wiki de la saga, j’ai lu qu’elle était le personnage préféré de l’auteur Joseph Delaney et de la traductrice française Marie-Hélène Delval, par ailleurs c’est aussi le premier personnage autre que Tom à être le narrateur d’un tome de la saga (viendra par la suite le tour d’Alice Deane). Alice justement, un personnage dont je me méfiais comme la peste, pour qui je n’avais aucun attachement, honnêtement je la détestais, mais ça a changé après la lecture du tome 12 où on la découvre vraiment (elle est la narratrice de ce tome). Dernier personnage que j’aime profondément, John Gregory, l’épouvanteur qui va former notre petit Thomas. C’est un personnage que je trouve paradoxal. Il est strict dans son métier, ce qui à première vue peut le rendre antipathique, mais très vite on s’aperçoit que Monsieur Gregory est en fait très protecteur avec ses élèves (enfin, avec Thomas), par ailleurs, pour un épouvanteur, il fait preuve de beaucoup de compassion en refusant de tuer les sorcières. Bref, j’ai du respect pour celui qui va devenir, par la force des choses et du temps, ce papa de substitution pour le lecteur et pour Thomas.

Un mot rapidement sur le film « Le septième fils » : non. Si vous voulez le voir, regardez-le avant de lire la saga. Vous ne serez pas spoilé, car la seule chose similaire aux romans c’est les noms des personnages. Je compte faire un article sur ce film pour expliquer pourquoi je le déteste autant.

PUMPKIN AUTUMN CHALLENGEAnecdote : J’ai trouvé le premier tome de la saga dans la bibliothèque de ma tante. Le premier tome est sorti il y a presque 15 ans… En 2005 ! Tome 11 lu pour le Pumpkin Autumn Challenge 2018, menu « Automne douceur de vivre », catégorie « Pomme au four, tasse de thé et bougie (feel good, enfantin, romance, histoire de famille) ». 🍂

Bonne lecture ! Signé C.